Atlas cosmologique

Éléments à placer

Florence

"L'un des arguments de Wright consiste à relativiser notre position d'observateur dans l'univers." >> Le regard que l'on porte sur le monde est toujours biaisé puisqu'il passe par notre corps et par le filtre de notre culture.

Beni

Micro / Macro Il faudrait investiguer quand aux connaissances scientifiques de l'époque du corps humain. Si cela était confirmé, nous pourrions dérivé sur les limites de l'Homme à imaginer qu'à partir de ce qu'il connait.

Beni

C'est là où tu remarque que l'observation des étoiles t'en apprends plus sur l'ici bas que sur l'ailleurs

Maryl

Où situer une limite ? S'il y a une forme > il y a une limite ?

Theo

Theo

rawbin

Test qui va bien

Julie

où se réunissent le domaine de l'infiniment grand à celui de l'infiniment petit ?

XXIe siècle

Jean-Clet Martin

Représenter l’irreprésentable

L’irreprésentable peut s’entendre tantôt comme un objet lointain vers lequel se tourner tantôt comme un état intérieur profondément enfoui, devenu insensible. Mais on peut comprendre encore plus justement l’irreprésentable sous la forme de ce qui n’est pas et ne sera jamais accessible à une représentation. Voici donc un horizon qui n’appartient pas aux moyens dont nous disposons pour le mettre en scène ou en capter les signes. Il est finalement hors de toute «présentation» possible, celle-ci se délitant en fragments impossibles à colliger de façon globale. Devant l’irreprésentable, s’impose un saut périlleux qui vient briser les figures capables d’en rendre compte. Seul le morcellement, sans fil ni légende topographique, sera susceptible de toucher au fond, de le frôler, d’aller frapper aux portes de l’enfer. Mais il n’est pas sûr que cette épreuve nous laisse ramener quelque chose comme une représentation… Il s’agira plus d’une saisie oblique, d’un labyrinthe déformé dont n’existe aucune carte extérieure aux couloirs qu’il nous ouvre. Reste à notre disposition non pas sa forme, mais sa contre-forme. Cela tient comme d’une absence de mot dans la langue qui cherche à l’évoquer. Il s’agit de quelque chose d’assez proche de la «théologie négative» qui réfléchit le nom de Dieu en découvrant qu’aucun signe ne convient, aucune image pour en suggérer l’être. Un trou dans nos savoirs, un vide dans la figure que nous essayons de construire, lentement, autour d’un fond trop noir pour être éclairé, trop clair pour s’accommoder de notre saisie. Il est possible que la géométrie soit capable de dessiner négativement de tels objets, comme l’or repoussé rend une image de ce qui disparaît, une forme inverse en quelque sorte, creusée depuis un bord impossible à franchir. Il en va ainsi des morphologies d’un vortex ou d’un trou noir. Une courbure infinitésimale nous fournit l’élément génétique d’une ligne plus ample. Mais peut-on deviner la totalité d’un tissu à partir d’un cheveu, ou encore une courbe à partir d’une séquence locale? C’est une question fort sceptique que pose Hume au 18e siècle. D’un entonnoir évasé à sa pointe, la distance est sans doute infinie. S’agit-il d’une relation possible, d’un franchissement praticable? L’artiste est dans une telle question lorsqu’il équarrit un pavé pour un pavage plus ample, notamment Escher dont les figures rendent accessibles certains paradoxes de l’espace, mais également Klee dans ses montages curieux qu’il nomme «équilibre chancelant». Voici que les peintres, les philosophes et les mathématiciens lancent vers l’irreprésentable des sondes héroïques comme pour deviner un contour, la relique d’un univers changeant, fragmenté, au centre inaccessible… Du fragment au tout, le rapport reste sans doute aléatoire et la symétrie improbable. Cette incertitude se nomme «Chaos». Et la vie ne vaudrait pas une seconde la peine d’être traversée sans la requête d’une aventure aussi impossible et tellement déraisonnable.

VIe siècle av. J.-C.

Jacques Dufresne

Le cosmos comme nombre selon Pythagore

On peut tout de même affirmer en toute certitude que chez Pythagore le mot nombre ne signifie pas chiffre ou numéro, mais plutôt proportion. Le mot grec aritmos, que nous traduisons par nombre était synonyme de logos mot qui signifie proportion, en plus de désigner dans d'autres contextes, la raison, la science, le langage ou la cause. La science moderne nous aide à comprendre la thèse suivante: nous pouvons comprendre le monde parce qu'il a été fait selon le nombre. Les Pythagoriciens soutenaient également que c'est le nombre qui rend le réel accessible à nos sens, que c'est même lui qui leur donne un corps. Si mystérieuse que demeure pour nous une telle affirmation, nous pouvons en deviner le sens en pensant à la musique ou à un édifice bien proportionné, lesquels touchent d'autant plus nos sens qu'ils sont plus imprégnés de nombres. Nous pouvons aussi songer aux formules mathématiques qui rendent compte des rapports entre les particules atomiques dont la matière est constituée. (…) Nous pensons aujourd'hui que le monde est non pas un ordre, mais un ensemble informe de forces auquel il nous appartient de donner une forme, opération que nous appelons transformer le monde. Les Pythagoriciens pensaient que c'est l'homme qui est un ensemble informe de forces et que par suite, avant de songer à transformer le monde, il doit s'imprégner de sa forme en le contemplant.

Ve siècle av. J.-C.

Archytas de Tarente

L'hypothèse d'Archytas

L'hypothèse d'Archytas de Tarente repose sur l’idée que le lieu et le corps sont illimités en posant ainsi la question: «Si je me trouvai à la limite du ciel, autrement dit sur la sphères des fixes, pourrais-je tendre au-dehors la main ou un bâton, oui ou non ? Certes, il est absurde que je ne puisse pas le faire ; mais si j'y parviens, cela implique l'existence d'un dehors, corps ou lieu.» Archytas distingue le lieu (topos), ou l'espace, et la matière. L'espace diffère de la matière et est indépendant d'elle. Tout corps occupe un lieu et ne peut exister sans que son lieu existe. «Puisque tout ce qui est mû est mû dans un certain lieu, il est clair que le lieu dans lequel sera la chose qui meut ou qui est mue doit exister en premier. C'est une propriété caractéristique de l'espace, ou du lieu, que toutes choses sont en lui, mais que lui n'est jamais dans quelque chose d'autre. L'espace a une existence en lui-même et il est environné par le vide infini.»

IVe siècle av. J.-C.

Texte rédigé par Julie

Les mondes sublaunaire et supralunaire selon Aristote

Aristote (env. - 384 / - 322), dans son ouvrage De la Physique, proposera une représentation globale du monde et des phénomènes de la nature beaucoup plus complexe et cohérente que celle de ses prédécesseurs. Ce qui est le plus marquant dans la représentation du monde d’Aristote, c’est la nette distinction qu’il fait entre le monde de la Terre et celui du Ciel. Ceci est la trace de la croyance ancienne selon laquelle le ciel est le domaine des Dieux et la Terre celui des Hommes. Aristote nommera le monde terrestre monde sublunaire ("situé sous la Lune") et le monde céleste supralunaire ("au-dessus de la Lune") ou Cosmos. La Lune apparaît donc comme une frontière entre ces deux mondes totalement différents, cette idée est marquée par le fait qu’elle change de forme constamment, contrairement aux autres corps célestes. Ce qui distingue les deux mondes, c’est leur degré de perfection: le monde terrestre est imparfait, changeant et constamment soumis à la corruption et l’altération. En revanche, le monde supralunaire est parfait, immuable, stable et éternel. Selon Aristote, ces deux mondes s’opposent et sont soumis à des lois totalement différentes. Le premier répond à la loi des quatre éléments et est complexe et perturbé. Dans le second, le monde supralunaire ou cosmos, tous les objets — les planètes, le Soleil, les étoiles — sont éternels et parfaits, ils se meuvent toujours de la même manière. Les sphères qui les contiennent sont composées d’un cinquième élément, l’éther — éternel et immuable lui aussi — qu’on ne trouve que dans ce monde.

1750

Thomas Wright

An Original Theory or New Hypothesis of the Universe

Thomas Wright suppose dans son ouvrage "On Original Theory or New Hypothesis of the Universe" publié en 1750 que notre position d'observateur nous fait percevoir deux catégories d'étoiles: celles qui font partie de la Voie Lactée et celles qui sont en dehors. Pour le savant britannique, l'ensemble des astres s'organiserait selon un seul et même plan d'ensemble. Wright rappelle que, concernant la structure de l'univers, les idées les plus ancrées ont dû céder la place à de nouvelles théories. Il évoque ainsi la révolution copernicienne qui a bouleversé l'ordre des planètes et la conception du monde : "La Terre (...) a longtemps été le principal lieu de notre système, et y régnait paisiblement, comme au centre de l'Univers, durant plusieurs époques du passé ; mais c'était une ignorance humaine, et non une sagesse divine, qui la plaçait à cet endroit (...). Maintenant elle n'est plus du tout le seul globe terrestre dans l'Univers (...)" (p. 130). Par analogie, Thomas Wright souhaite montrer que c'est désormais la place centrale du Soleil qu'il convient de remettre en cause dans l'organisation de l'univers. L'un des arguments de Wright consiste à relativiser notre position d'observateur dans l'univers. Cette dernière nous donne à voir une forme particulière d'organisation du monde, mais ne nous permet pas d'en percevoir l'architecture d'ensemble. Wright assure que les étoiles sont en mouvement. Il soutient, sans avancer d'argumentation particulière, que ce mouvement ne peut être rectiligne et qu'il est nécessairement circulaire. Comme l'a remarqué Frédéric Chabelot, le cosmologiste anglais semble fasciné par l'esthétique circulaire. Esprit très religieux, Wright considère les formes circulaires et sphériques comme parfaites et harmonieuses. Selon Wright, les étoiles se déplacent donc "suivant des courbes" et il n'existe que deux manières d'envisager le problème. – La première considère que toutes les étoiles "se déplacent de la même façon, et ne dévient jamais du même plan comme le font les planètes dans leur mouvement héliocentrique autour du Soleil". Ce modèle est à la fois circulaire et planaire. Bien que Wright ne le précise pas, ce modèle n'est pas celui qu'il préfère. – "La seconde méthode pour résoudre le phénomène, est par un ordre sphérique d'étoiles, se déplaçant toutes dans des directions différentes autour d'un centre commun, comme les planètes et les comètes tournent autour du Soleil, dans une sorte de coquille, ou orbite concave" (p. 138). Les étoiles sont donc insérées dans une strate mince, animée d'un mouvement de rotation. Wright soutient que le centre de rotation de l'ensemble des étoiles est un centre divin. L'image de la Voie Lactée que nous percevons est produite par la position particulière du système solaire dans la strate stellaire. L'ouvrage de Thomas Wright se termine sur une perspective plus générale concernant l'organisation de l'univers. Dans la 8e lettre, l'auteur assure que la Voie Lactée comporte soixante millions de mondes planétaires comme le nôtre. Ces"mondes habitables" sont supposés être "d'une nature terrestre" et "occupés par des êtres d'espèces humaines". Outre cette pluralité des mondes semblables à la Terre, Wright considère, dans sa neuvième et dernière lettre, qu'il existe aussi d'autres systèmes semblables à la Voie Lactée.

1658

Blaise Pascal

De l’Esprit géométrique et de l’art de persuader

La notion d’infini permet au moins une forme de connaissance particulière: la connaissance de soi. (…) Ceux qui ne seront pas satisfaits de ces raisons, et qui demeureront dans la créance que l'espace n'est pas divisible à l'infini, ne peuvent rien prétendre aux démonstrations géométriques ; et, quoiqu'ils puissent être éclairés en d'autres choses, ils le seront fort peu en celles−ci : car on peut aisément être très habile homme et mauvais géomètre. Mais ceux qui verront clairement ces vérités pourront admirer la grandeur et la puissance de la nature dans cette double infinité qui nous environne de toutes parts, et apprendre par cette considération merveilleuse à se connaître eux−mêmes, en se regardant placés entre une infinité et un néant d'étendue, entre une infinité et un néant de nombre, entre une infinité et un néant de mouvement, entre une infinité et un néant de temps.

Harmonie des spheres

L’harmonie des sphères est une théorie d’origine pythagoricienne fondée sur l’idée que chaque sphère de l’Univers produit son propre son dans son mouvement. Par analogie, les pythagoriciens associeront donc l’astronomie à la musique : la vitesse de rotation des planètes autour de la Terre correspond à la vibration de la corde d’un instrument, alors que la longueur de la corde correspond à l’orbite de chacune des planètes. Au départ, Pythagore tentera simplement d’exprimer les rapports de distances entre les orbites en ton et demi-ton mais beaucoup plus tard, Nicomaque (env. 50 / 120) ira plus loin et assignera les notes de l’octave aux corps célestes. Plus les planètes évoluent rapidement (comme Mercure et Vénus), plus le son qu’elles produisent est considéré aigu et, inversement, plus elles tournent lentement (comme Jupiter), plus le son qu’elles émettent est grave. Selon le principe d’harmonie, la musique céleste ne peut donc être que sublime mais quand on fera observer à Pythagore qu’elle a l’inconvénient d’être silencieuse, il répondra qu’il en est de l’harmonie des sphères à nos oreilles comme du bruit de l’enclume à l’oreille du forgeron: l’habitude nous empêche de l’entendre.

Espace-Temps

En physique, l'espace-temps est une représentation mathématique de l'espace et du temps comme deux notions inséparables et s'influençant l'une l'autre. Cette conception de l'espace et du temps est l'un des grands bouleversements survenus au début du XXe siècle dans le domaine de la physique, mais aussi pour la philosophie. Elle est apparue avec la relativité restreinte et son importance a été renforcée par la relativité générale, deux théories énoncées par Albert Einstein en 1905 et 1915.

Einstein

Quand Albert Einstein (1879-1955) exposa sa théorie de la relativité générale, la notion d’espace se trouva modifiée. Einstein affirmait que la masse gravitationnelle de tout corps exerce un effet sur les autres corps agit et sur la structure de l’espace. Si un corps est suffisamment massif, il conduit l’espace à se courber autour de lui. Einstein cherchait à comprendre les mystères du cosmos par son intelligence plutôt qu’avec sa seule sensorialité. "La justesse d’une théorie est dans votre esprit", dit-il un jour, "pas dans vos yeux." Ses découvertes ont façonné l’âge moderne et suscité une image du monde qui ne réduit plus la nature à une succession de fragments dispersés. Les scientifiques contemporains observent le cosmos comme un réseau d’évènements interactifs. Les théories de la physique quantique montrent que l’humanité ne peut compter sur l’isolement pour progresser dans sa connaissance du Tout.